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Votre empreinte hydrique contribue-t-elle à la raréfaction des ressources en eau ?

Catarina de Albuquerque, CEO, Sanitation and Water for All
05 May 2020

Avez-vous déjà réfléchi à votre consommation d’eau en dehors de celle qui coule de votre robinet ? Commençons par votre dose quotidienne de caféine : savez-vous que derrière une tasse de café se cache l’équivalent de 130 litres d’eau ? De même, pour produire un œuf de 60 grammes en moyenne l’ingrédient principal de votre recette favorite de flan au caramel – pas moins de 200 litres d’eau sont nécessaires. Nous intéresser à la quantité d’eau utilisée pour la production de nos biens de consommation permet en effet de calculer notre empreinte eau réelle. Par exemple, la viande que nous mangeons ou le coton dont sont faits nos vêtements sont souvent produits dans des bassins hydrographiques lointains, parfois même dans des pays où l’eau est une ressource rare. Sans le savoir, au travers de certains de nos gestes quotidiens, nous exerçons une pression sur les ressources en eau mondiales. En effet, la raréfaction des ressources hydriques est fortement corrélée à l’augmentation de la production alimentaire (comprendre de l’agriculture intensive), qui résulte elle-même de la hausse de la demande et de l’évolution des préférences alimentaires. Le secteur agricole (irrigation, élevage et aquaculture compris) est de loin le plus grand consommateur d’eau de la planète puisqu’il utilise à lui seul 69 % des ressources hydriques mondiales annuelles, devant l’industrie (19 %, production d’électricité comprise) et les ménages (12 %). Une donnée qui fait réfléchir quand on sait que bien que l’eau recouvre près de 70 % du globe, l’eau douce ne représente que 2,5 % de ce volume, le reste étant de l’eau salée et issue des océans. Par ailleurs, les changements climatiques, qui aggravent cette concurrence déjà accrue entre les différents usages de l’eau, touchent toutes les régions du monde sans distinction mais dans des mesures toutefois variables et inégales. En effet, si certains endroits de la planète subissent de terribles périodes de sécheresse, d’autres, au contraire, sont frappés par des inondations de plus en fréquentes et importantes alors que les effets de l’élévation du niveau de la mer dans les zones côtières se font ressentir plus lentement. Tous ces bouleversements climatiques ont néanmoins un point commun : leurs répercussions croissantes sur les ressources en eau.

Si la raréfaction de l’eau est souvent associée à des scénarios terrifiants et, notamment, à d’éventuels conflits futurs, les souffrances quotidiennes endurées par les populations les plus pauvres et les plus marginalisées pour accéder à de l’eau salubre sont souvent largement ignorées. Pourtant, la menace grandissante que représente la raréfaction des ressources hydriques pour l’accès universel à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène (EAH) d’ici à 2030 est plus que préoccupante. Et ses effets sont intrinsèquement liés à la santé publique. En effet, si les réserves d’eau disponibles venaient à diminuer davantage (en raison de l’assèchement des puits ou de la pénétration d’eau salée dans les nappes aquifères côtières, entre autres), un grand nombre de personnes seraient alors contraintes de boire de l’eau contaminée (de l’eau de surface non traitée, par exemple), ce qui aurait pour conséquence d’augmenter le nombre de maladies transmises par l’eau. La pollution des puits et l’inondation des latrines conduiraient également à une hausse de l’incidence des maladies infectieuses. En outre, une baisse de la disponibilité de l’eau constitue un obstacle aux bonnes pratiques d’hygiène et mine l’efficacité des campagnes visant à promouvoir les changements de comportements, en particulier celles organisées pour prévenir la propagation de la COVID-19 dans les régions où l’accès à l’eau est déjà limité en raison des changements climatiques.

Nous ne pouvons pas transiger avec les droits fondamentaux des 2,2 milliards de personnes sur terre qui n’ont pas accès à l’eau potable, ni avec ceux des 4,2 milliards de personnes dépourvues de services d’assainissement adéquats ou encore avec ceux des 3 milliards de personnes qui ne possèdent ni eau ni savon pour se laver les mains. Nombre des solutions pour remédier à cette situation dépendent de la mise en œuvre de politiques adaptées visant une meilleure gestion des ressources en eau et donnant la priorité aux droits fondamentaux que constituent l’accès à l’eau et à l’assainissement. Il est également nécessaire de nouer davantage de partenariats stratégiques multipartites pour mieux répondre à la raréfaction des ressources hydriques. Au niveau individuel, concéder quelques changements de comportements, et éviter, par exemple, de consommer des aliments gourmands en eau, arroser moins son jardin, réparer les fuites de nos canalisations et réduire le temps passé sous la douche, peut contribuer à réduire sensiblement notre empreinte hydrique. Pour autant, tout ne repose pas sur nos épaules. Aussi, inciter les entreprises à publier leur empreinte hydrique et à dévoiler le caractère durable de leurs opérations vous permettra d’obtenir davantage d’informations et encouragera une utilisation de l’eau plus responsable. Enfin, faire part aux pouvoirs publics de votre préoccupation vis-à-vis des ressources en eau, tant en termes de quantité que de qualité, et de votre souhait de les voir utilisées et gérées de manière efficace et durable, constituera un pas important dans votre démarche visant à devenir un éco-citoyen de l’eau.

Article original publié dans le journal portugais Expresso.