Réduction des inégalités : les mesures et les recommandations les plus efficaces proposées par le Kenya

Par Jacqueline Musyoki, PDG, Water Services Trust Fund (Fonds d'affectation spéciale pour l'eau), Kenya

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4 nov, 2014 in Events

J’ai récemment participé à la table ronde sur « la réduction des inégalités dans l'eau, l'assainissement et l'hygiène » de la Conférence sur l’eau et la santé de l’Université de Caroline du Nord et j’ai eu l’impression que celle-ci était unique en son genre à travers la façon dont les décideurs nationaux, les observateurs internationaux et locaux et les bailleurs de fonds ont pu y participer afin de débattre des dernières données disponibles sur le sujet. Les expériences personnelles de chaque participant ont permis de présenter des points de vue originaux et extrêmement pertinents sur un sujet qui, par nature, ne peut que bénéficier de la diversité.

Durant mes années d’expérience au Kenya dans le secteur de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène (EAH), en particulier à travers ma fonction récente de PDG du Water Service Trust Fund du pays, j’ai découvert que travailler au sein du Gouvernement (et avec) posait des problèmes dont ont pu faire part les autres professionnels se trouvant dans d’autres pays que le mien et qu’ils pouvaient profiter de ce que j’ai appris.

À cet égard, voici les neuf meilleures mesures qui, pour moi, permettent de réduire les inégalités dans l’EAH ainsi que cinq recommandations très concrètes :

  1. Interférence politique : je remets en question auprès des politiciens les informations qui concernent directement les secteurs qu’ils représentent.
  2. Coût de l’eau : j’apporte des comparaisons sur les inégalités au niveau des coûts : 25 cts d’un côté tandis que de l’autre, on paie 20 shillings.
  3. Accès à l’eau et à l’assainissement : au Kenya, le coût économique du manque d’accès à l’eau et à l’assainissement peut tout à fait s’exprimer par le développement des entreprises de pompes funèbres : c’est l’un des types d’entreprises qui connaît la plus forte croissance dans le pays.
  4. Absence de stratégies en faveur des pauvres et indifférence aux populations marginalisées : les pauvres sont marginalisés en ce qui concerne l’éducation, la santé, les routes et de nombreux autres services. La mesure la plus efficace est de créer un organisme qui se préoccupe d’apporter des prestations aux populations marginalisées.
  5. Coordination des partenaires de développement : les partenaires de développement et les acteurs non gouvernementaux disposent de beaucoup de ressources qui doivent être mieux affectées. Dans la plupart des cas, ce que font les ONG n’est pas pris en compte car elles ne font pas de rapports pour le gouvernement.
  6. Renforcement des capacités des communautés à connaître leurs droits : de nombreux politiciens et décideurs supposent que les communautés connaissent leurs droits. Faire prendre conscience aux communautés de leurs droits doit faire partie des programmes de développement.
  7. Mauvaise planification dans les campements provisoires : ceci affecte la distribution d’eau et l’assainissement, la planification relève d’un autre ministère, nous travaillons en vase clos ce que fait que la population continue à subir sa situation.
  8. Taux élevés de population : la population du Kenya augmente de 2,9 % chaque année. Nous devons donner la priorité à la durabilité car quand des installations tombent en panne et ne sont pas réparées, cela réduit l’accès de façon radicale.
  9. Données, informations et rapports d’activité insuffisants : des systèmes d’information non adaptés sont source d’incohérences dans les rapports d’activités.

 

Recommandations:

  1. Exiger une mobilisation efficace et performante aux échelons les plus élevés du Gouvernement en vue d’un changement fondamental.
  2. Les finances publiques sont « sexy ». Faire valoir que les pauvres apportent aussi leur contribution, paient des impôts au Gouvernement et doivent être considérés comme une priorité.
  3. Les ONG sont considérées comme comblant les écarts existants et devraient régulièrement présenter des rapports au Gouvernement et montrer comment ces écarts se réduisent. Il est possible que le Kenya ait atteint les OMD mais nous ne disposons pas des données pour le savoir.
  4. Des stratégies doivent être mise en place pour améliorer les finances publiques.
  5. N’ignorez pas les politiciens qui se partagent la manne financière du pays.

 

Photo - from left to right: Barbara Evans, Associate Professor of Water, Sanitation and Health, teaching, research and practice in sanitation, water and hygiene in the global south ; Ambassador Kai Sauer, Permanent Representative at Permanent Mission of Finland to the United Nations ; Patrick Ulele Chikoti is an Executive Director at Centre for Community Organisation and Development (CCODE) ; Brian Arbogast, Director of the Water, Sanitation and Hygiene program at the Bill & Melinda Gates Foundation ; Jacqueline Musyoki, CEO, Water Services Trust Fund, Kenya ; Inga Winkler , Legal Adviser to the UN Special Rapporteur on the Human Right to Safe Drinking Water and Sanitation